Le stylet crisse contre l'écran de la tablette dès que j'appuie un peu trop fort sur la courbe d'un tracé, comme si la machine refusait de suivre la main. Sur l'autre moitié de l'écran, un second fichier attend : deux projets de création de logo, deux clientes, et pas la moindre forme qui convienne aux deux en même temps. C'est ce genre de blocage qui m'a appris, en bricolant mon identité visuelle et celle de mes proches en autodidacte, que la psychologie des formes décide de tout, bien avant la couleur ou la police.
Avant d'aller plus loin, une précision qui compte pour la confiance : ce carnet contient parfois des liens affiliés vers des ressources que j'utilise vraiment sur mes propres projets. Si l'un de ces liens débouche sur un achat de votre part, une petite commission me revient côté plateforme, sans que votre dépense change d'un centime. Les seuls outils cités ici sont ceux que j'ai testés sur des cas réels, comme ceux de Lisette ou de Luce.
Pourquoi la psychologie des formes a sauvé le logo de Lisette
Lisette Arnoux, qui tient une librairie de quartier, n'avait qu'une seule exigence pour son nouveau logo : qu'il reste lisible à la taille d'un cachet postal, aussi bien sur ses tampons que sur les petits sacs en papier de la caisse. Le premier jet que je lui ai proposé partait d'un triangle simple, une forme censée évoquer le mouvement et l'énergie d'une librairie vivante.
Le problème est apparu dès qu'on a réduit le fichier à la taille d'un tampon encreur : les trois pointes se touchaient presque, et l'ensemble donnait moins l'impression d'un livre ouvert que d'une flèche de signalisation un peu hostile. Un triangle inversé prend vite des airs de sourcils froncés, et ce n'est pas un hasard : la psychologie des formes veut qu'une silhouette géométrique parle au cerveau avant même qu'on lise le nom de la marque. Ce genre de détail se voit tout de suite en noir et blanc, avant même de penser à la couleur — je détaille cette étape dans mon article sur pourquoi toujours créer un logo en noir et blanc avant la couleur.
Avant de comprendre que la forme était en cause, j'avais essayé de sauver la lisibilité en jouant sur autre chose : mélanger cinq polices différentes sur le même mot, en me disant que ça donnerait plus de personnalité. Résultat inverse, le nom de la librairie devenait illisible avant même d'arriver à la case du triangle, et Lisette me l'a fait remarquer sans détour.
Une fois le triangle remplacé par une forme plus carrée, aux coins arrondis, la légèreté a changé de camp. Une cliente est venue régler ses achats avec le nouveau sac imprimé du logo sous le bras, et elle a demandé, presque en passant, qui avait dessiné ce visuel-là. C'est le genre de moment qui vaut toutes les explications théoriques.
La question de la police n'était pas réglée pour autant : choisir une bonne police lisible à des tailles aussi minuscules est un chantier à part entière, que je garde pour une autre entrée de ce carnet, mais ce jour-là, c'est la silhouette générale qui a débloqué le problème.
Le rond parfait, une fausse bonne idée pour Luce
Luce Pérard, ma voisine qui fabrique des confitures artisanales, voulait numériser ses étiquettes dessinées à la main sans en perdre le charme. Sa seule condition, répétée à chaque version : que le résultat garde un air fait main, même une fois passé en fichier numérique bien propre.
Pour respecter cette contrainte, j'ai d'abord pensé qu'un cercle parfait serait la solution évidente, perçu presque partout comme un symbole d'unité et de douceur, l'inverse exact de l'angle vif qui avait posé problème chez Lisette. Sauf que l'étiquette obtenue ressemblait davantage à un jeton de caddie ou à un bouton de manteau qu'à un pot de confiture cousu main. En voulant à tout prix adoucir la forme, j'avais gommé toute la texture irrégulière qui faisait justement le charme du travail de Luce.
La couleur n'était pas encore en jeu à ce stade, je garde ce sujet de palette pour une autre fois, mais la forme, elle, devait rester légèrement irrégulière pour ne pas trahir l'origine artisanale du produit. J'ai fini par garder un contour arrondi mais volontairement pas parfaitement circulaire, avec une petite variation d'épaisseur qui rappelle le geste de la main. Il restera ensuite à préparer une version vectorielle propre avant l'impression chez l'imprimeur, mais ça, c'est une autre étape du projet.
Deux projets, deux formes, deux besoins
Mis côte à côte, les deux dossiers racontent la même leçon sous deux angles opposés : chez Lisette, il fallait une forme qui reste calme et lisible même écrasée à la taille d'un timbre ; chez Luce, il fallait une forme qui accepte un peu d'imperfection pour ne pas trahir la main qui avait dessiné les étiquettes originales. Aucune des deux n'avait besoin de « la » forme parfaite dans l'absolu, seulement de celle qui répondait à son propre cahier des charges.
Reste que dans les deux cas, la question du contraste et des proportions entre les éléments du logo s'est posée à un moment ou un autre, un sujet que je n'ouvre pas ici mais qui mériterait son propre chantier. Itérer une identité déjà posée, comme je l'ai fait ensuite pour ajuster le logo de Lisette sur ses différents supports, est aussi un exercice différent de partir d'une page blanche, de quoi remplir une autre entrée de ce carnet à elle seule.
Comment la structure a débloqué les deux logos
Ni le triangle ni le cercle n'étaient la bonne réponse en soi ; c'est en creusant les modules de La Formule Logo que la logique d'ensemble m'est apparue plus clairement. Le carré et le rectangle restent les formes les plus utilisées pour rassurer sur le sérieux d'une structure, à condition de ne pas les laisser trop rigides : une ligne verticale évoque plutôt la croissance et l'énergie, une ligne horizontale plutôt le calme, et mélanger un contour carré avec des coins légèrement arrondis donne à la fois de la solidité et de l'accessibilité.
C'est aussi l'angle que j'ai creusé dans ma méthode pour dessiner un logo propre grâce à la Formule Logo — un cadre clair pour sortir d'une idée floue, même si ça reste une formation payante à côté de tutos gratuits éparpillés ailleurs, et qu'il faut accepter de refaire plusieurs versions avant d'être vraiment content du résultat.
Le choix du logiciel utilisé pour dessiner tout ça, ou la grille de construction pour équilibrer les proportions, sont deux autres chantiers que je laisse de côté aujourd'hui : cette entrée se concentre sur la forme, pas sur les outils qui servent à la tracer.
Faut-il toujours suivre les codes du secteur ?
Ni la librairie de Lisette ni les confitures de Luce ne relèvent d'un secteur ultra-réglementé, ce qui m'a laissé une marge de manœuvre que d'autres projets n'auraient pas. Pour un cabinet d'avocats ou un cabinet médical, les formes symboliques les plus libres sont souvent écartées d'office, même quand elles sont franchement réussies sur le plan esthétique, parce que les codes du secteur imposent une rigueur visuelle qui laisse peu de place à l'interprétation.
Un cabinet d'avocats avec un logo en forme de nuage moelleux ne convaincra personne, aussi joli soit ce nuage sur un moodboard : le secteur réclame la rigueur d'un rectangle ou la verticalité d'une colonne, pas une forme qui prête à sourire. Si ce sujet des déclinaisons selon le support et le métier vous intéresse, l'article sur pourquoi créer des déclinaisons de logo pour tous vos supports va plus loin sur la question, et si le vocabulaire du design vous perd en cours de route, j'ai aussi un glossaire à part pour ça.
Rond ou anguleux : comment trancher
Au bout de ces deux dossiers, la règle que je retiens est simple à énoncer même si elle demande du tâtonnement à appliquer : choisir une forme nette et géométrique quand le logo doit rester lisible en très petit format ou rassurer sur le sérieux d'une activité, et accepter une forme plus ronde ou légèrement irrégulière quand le fait-main ou la chaleur du projet sont la valeur à défendre. Entre les deux, il n'existe pas de compromis universel, seulement le cahier des charges de la personne en face de vous.
Pour aller plus loin une fois le logo posé, décliner l'identité sur tous les supports d'une boutique et pas seulement sur l'enseigne, je regarde régulièrement du côté de la Formation Design Graphique, plus généraliste que la Formule Logo mais utile une fois qu'on a déjà un premier logo entre les mains plutôt qu'avant. Un vrai brief créatif écrit à l'avance, avec les contraintes du secteur et les envies de la personne concernée, aurait sans doute simplifié les deux projets, mais ce sera pour une prochaine fois.
Entre deux versions, il m'arrive de marcher sur les quais de la Seine rive droite, histoire de ne plus voir ni triangle ni cercle pendant une heure, et c'est souvent là que la bonne forme finit par s'imposer d'elle-même. Pour aller plus loin dans cet apprentissage en solo, mon retour sur apprendre le design graphique seul avec une méthode simple et efficace complète bien cette réflexion sur les formes.