
Seize pixels de haut, et mon logo n'était plus qu'une tache grise. C'est la taille d'un favicon, cette minuscule icône dans l'onglet du navigateur, et c'est là que j'ai vraiment compris ce que veut dire « régler l'épaisseur des traits » d'un logo. Comme beaucoup de gens qui se lancent en design de logo sans studio ni formation, je me suis fait corriger par la réalité plutôt que par un cours. Ce carnet répond maintenant aux questions qu'on me pose le plus souvent sur ce sujet précis : l'épaisseur des traits, pourquoi elle casse tout si on la néglige, et comment une autodidacte comme moi s'en sort pour garder une identité visuelle qui tient, du grand format jusqu'au tout petit.
Pourquoi un logo qui a l'air parfait en grand devient illisible en petit ?
Le problème vient presque toujours du même endroit : on dessine en zoomant à fond sur son écran, et l'œil compense des détails qui n'existeront plus une fois le dessin réduit. J'ai appris ça en retard, en travaillant sur le logo de la librairie de Lisette Arnoux : elle voulait un dessin tout en courbes, jamais un angle droit, et ce sont justement ces courbes-là qui disparaissent les premières quand on rétrécit l'image. Simplifier un dessin trop chargé pour qu'il survive à cette réduction est un sujet à lui seul, que je garde pour un autre carnet ; ici, je me concentre sur l'épaisseur. Si le symbole se noie avant même d'arriver à seize pixels, et qu'il mélange en plus du texte et une forme graphique, la question de savoir lequel garder en priorité à cette taille mérite, elle aussi, tout un carnet à part.
Pour le détail technique, j'avais déjà écrit sur la façon de créer un favicon à partir d'un logo pour son site web sans perdre toute sa substance en route. Ce qui marche pour une icône de site marche aussi pour une appli ou un pictogramme imprimé minuscule : même logique, même piège.
Le test du plissement des yeux
Mon premier réflexe, maintenant, c'est de plisser les yeux devant l'écran. Si la structure du logo se brouille, c'est que les traits sont trop fins ou trop rapprochés : le cerveau n'a plus assez de contraste pour reconstituer la forme. Ça rejoint une question de contraste et de proportions générales du dessin que je détaille dans un autre carnet, mais en version courte : un trait qui respecte la bonne proportion avec le reste du symbole résiste beaucoup mieux à ce genre de test. Quand des mots comme « graisse » ou « défonce » reviennent sans cesse ici et vous perdent, j'ai fini par rassembler un petit lexique du design de logo à part, pour éviter de tout réexpliquer à chaque billet.
Quelle épaisseur minimale pour tenir à l'impression ?
L'écran pardonne beaucoup de choses que le papier refuse. Quand j'ai envoyé mes premiers fichiers pour des cartes de visite, le trait de contour qui semblait net dans mon logiciel de design vectoriel est arrivé invisible à l'œil nu, mangé par le grain du papier à l'impression. La règle que je retiens depuis : en impression offset, une épaisseur sous 0.25 pt, c'est la loterie, soit le trait disparaît, soit il bave. Je travaille maintenant sur un plan de travail vectoriel de 1000 px de côté, et si un trait fait moins de deux ou trois pixels à cette échelle, je sais déjà qu'il va poser problème plus tard.
Côté logiciel, la question du gratuit revient souvent dans les messages qu'on m'envoie, et la réponse mériterait un carnet entier à elle seule, donc je laisse ça de côté ici. Même chose pour le format de fichier vectoriel qu'on finit par envoyer à un imprimeur ou à un premier client : sujet à part, traité ailleurs plutôt que résumé en deux lignes.
Un trait blanc ne pèse pas comme un trait noir
La couleur change aussi la perception de l'épaisseur, même quand la valeur mathématique du trait reste identique. Un trait blanc sur fond noir paraît toujours plus épais qu'un trait noir sur fond blanc : c'est ce qu'on appelle l'irradiation, et ça m'a forcée à régler mes épaisseurs différemment selon que le logo est utilisé en défonce (blanc sur couleur) ou en positif. C'est aussi pour ça que je dessine presque toujours d'abord en noir et blanc avant d'ajouter la couleur, une habitude que j'explique plus en détail dans un autre billet, et qui évite de confondre un problème d'épaisseur avec un problème de palette. La question des couleurs à choisir pour une petite boutique, d'ailleurs, c'est encore un autre sujet que je garde pour plus tard.
Doubler, diviser, comparer : ma méthode pour trancher
Quand je bloque sur l'épaisseur d'un trait, je ne touche plus point par point. Je crée trois versions : une qui me semble correcte, une où je double l'épaisseur, une où je la divise par deux, un clic sec de la souris sur le tapis élimé suffit pour dupliquer le calque et comparer les trois côte à côte. La version doublée gagne presque toujours, une fois imprimée ou affichée sur mobile, même si sur le moment elle paraît trop lourde à l'écran.
Pour garder une certaine logique entre les épaisseurs, j'utilise le nombre d'or (1.618) : si mon trait principal fait 10 points, le secondaire tourne autour de 6. Ça crée une hiérarchie entre les éléments du dessin, sans que je sache toujours dire pourquoi l'œil suit ça si naturellement. C'est une étape qui compte pour réussir les finitions de son logo pour un aspect vraiment professionnel, plus que les heures passées à ajuster une courbe au dixième de point près. Cette histoire de hiérarchie entre les éléments mériterait un développement complet, et je l'ai justement traité à part plutôt que de la refaire ici.
Faut-il une épaisseur uniforme sur tout le logo ?
Non, et c'est sans doute le conseil qui revient le plus dans mes échanges avec d'autres autodidactes. J'ai testé un logo entièrement en monoline, où chaque trait a la même épaisseur partout : résultat illisible, l'œil s'ennuie et les masses du dessin partent dans tous les sens. Varier l'épaisseur renforce au contraire la lecture du symbole : un trait qui s'affine dans un virage ou qui s'épaissit à une intersection donne de la vie au dessin, là où une grille de construction suivie à la lettre aurait tendance à tout aplatir si on ne la quitte jamais. Je reviens plus longuement sur cette histoire de grille dans un autre carnet, parce que le sujet dépasse largement la question des traits.
Un cercle paraît souvent plus fin qu'un carré si on leur applique la même épaisseur mathématique, un phénomène qu'on appelle l'épaisseur optique. Sur un petit symbole en forme de feuille que je dessinais, garder le même trait partout lui donnait l'air d'un trombone tordu ; en épaississant la base et en affinant la pointe, elle a pris du volume et un peu de caractère. Cette question de la forme et de ce qu'elle raconte au premier regard, d'ailleurs, c'est tout un sujet de symbolique que j'aborde séparément. Si la structure globale du dessin vous laisse encore hésitant, vérifiez si votre logo reste lisible en petite taille sur mobile : c'est le test qui tranche la plupart des doutes sur la graisse.
Prévoir une version bold pour les petits formats
Ma voisine Luce Pérard fait des confitures artisanales et m'a demandé de reprendre ses étiquettes, dessinées à la main jusque-là. Sur un format aussi réduit qu'une étiquette de pot, impossible de garder le même dessin que sur une grande affiche : j'ai dû créer une version « bold », avec des contre-formes agrandies et les traits les plus fins épaissis, à côté de la version standard. C'est un peu plus de travail à chaque nouveau projet, mais c'est la garantie qu'un logo reste identifiable, qu'il soit collé sur un petit pot ou affiché en grand sur une devanture.
D'autres questions reviennent souvent une fois celle-ci réglée : comment décliner un même logo sur une enseigne, un tampon ou un emballage sans tout redessiner à chaque fois, ou comment écrire un brief clair avant même de lancer un premier essai. Ce sont des sujets que je traite à part, parce qu'ils touchent à autre chose qu'à l'épaisseur du trait.
Il y a aussi la question de la police de caractères, qui revient presque à chaque fois : je l'ai longtemps négligée, au point de mélanger cinq polices différentes sur un même projet en pensant que ça le rendrait plus original, le résultat ne respirait rien, juste du bruit visuel. La lisibilité d'une typographie, c'est un sujet à part entier, que je développe ailleurs plutôt que de le résumer mal ici. Pareil pour l'espace blanc autour et dans les lettres : il mérite son propre carnet plutôt qu'un paragraphe glissé au milieu de celui-ci.
Ce carnet avance par essais recommencés plus que par certitudes : chaque logo que je termine me fait reprendre les précédents, ce qui est tout le principe d'itérer plutôt que de viser juste du premier coup, encore un sujet que j'ai préféré détailler séparément. Une fois le dessin stabilisé, reste à le coucher dans une petite charte pour que les prochaines personnes qui y touchent gardent les bons réglages d'épaisseur ; je garde ça aussi pour un autre carnet. Pour l'instant, la seule règle qui ne change jamais : tester en petit avant de livrer en grand, que ce soit pour une étiquette de confiture ou une devanture de librairie.